Maryse propose à notre sagacité, le texte suivant:
ROBERT SCHUMANN (Traduction de Franz Liszt) -- extraits --
L’éducation de l’oreille est ce qu’il y a de plus important. Tâchez de bonne heure de discerner chaque ton et chaque tonalité. Examinez quels sons produisent la cloche, le verre, le coucou, etc., etc.
Jouez en mesure! Le jeu de beaucoup de virtuoses ressemble à la démarche d’un homme ivre. Ne prenez pas de tels modèles.
N’ayez pas peur de mots. Théorie, Harmonie, Contrepoint, etc. Ils vous souriront si vous leurs en faites autant.
Tâchez de jouer bien et expressivement des morceaux faciles; cela vaut mieux que d’exécuter médiocrement des compositions difficiles.
Tâchez, même si vous n’avez pas une bonne voix, de chanter à première vue sans l’aide du piano; par ce moyen votre oreille musicale se perfectionnera continuellement. Mais si vous possédez une bonne voix, n’hésitez pas un moment à la cultiver, en la considérant comme le plus beau don que le ciel vous ait accordé.
Peu importe qui vous écoute quand vous jouez.
Jouez toujours comme si vous étiez en présence du Maître.
On ne fait point des hommes sains en élevant les enfants avec des bonbons. La nourriture spirituelle doit être aussi simple et aussi substantielle que celle du corps. Les Maîtres se sont chargés de nous fournir abondamment la première. Tenez-vous à elle.
Ne négligez aucune occasion de faire de la musique avec d’autres personnes, en duos, trios, etc. Ces exercices rendront votre jeu coulant en lui donnant du mouvement, de la couleur.
Accompagnez souvent les chanteurs.
Aimez votre instrument, mais ne le considérez pas avec vanité, comme unique ou comme supérieur à tout autre. Pensez qu’il y en a qui produisent d’aussi beau effet, souvenez-vous qu’il existe des chanteurs, et que les chœurs et l’orchestre sont appelés a interpréter ce qu’il y a de plus sublime en musique.
Reposez-vous de vos études musicales par la lecture de bons poètes.
Ne négligez aucune occasion de vous exercer sur l’orgue, il n’est pas d’instrument aussi efficace pour corriger les erreurs ou les habitudes d’une mauvaise éducation musicale.
Ne refusez jamais de chanter en chœurs et particulièrement les parties intermédiaires.
Cette pratique contribuera à vous rendre bon musicien.
Mais comment devient-on bon musicien? Mon cher enfant, les qualités essentielles pour cela, une oreille juste, une conception prompte, sont un don d’en haut. Mais ces bonnes dispositions peuvent être cultivées et améliorées. Vous ne deviendrez pas bon musiciens en vous claustrant hors du monde pour vous livrer uniquement à des études pratiques et mécaniques, mais en multipliant vos rapports avec le monde musical, et particulièrement avec le chœur et l’orchestre.
Mettez-vous de bon heure au fait de l’étendue de la voix humaine dans ses quatre registres principaux. Etudiez-la spécialement dans les chœurs; examinez dans quels intervalles gît sa plus haute puissance, et dans quels autres il faut chercher les effets d’expression douce et tendre.
Pénétrez de bonne heure dans le ton et le caractère de chaque instrument; accoutumez votre oreille à distinguer le coloris qui lui est propre.
Ne négligez point d’écouter de bons opéras.
Si, en promenant vos doigts sur votre instrument, vous rencontrez de petites mélodies qui se suivent et qui s’enchaînent, c’est déjà un joli résultat; mais si, sans instrument, une de ces mélodies arrive seule à votre esprit, c’est encore mieux, et vous devez être cent fois plus satisfait. C’est qu’alors le sens intérieur du ton s’est éveillé en vous. Les doigts doivent exécuter ce que la tête à conçu, pas le contraire.
Les lois de la morale régissent l’art.
Vous vous élèverez toujours plus haut par le travail et la persévérance.
Vous ne comprendrez l’esprit que quand vous serez maître de la forme.